Livraisons surveillées et agents infiltrés : où passe la limite

Une bonne part des affaires européennes de stupéfiants ne se découvrent pas : elles se construisent. Un envoi est détecté et laissé circuler sous surveillance ; un agent ou un informateur entre dans le groupe ; un rendez-vous est convenu. Tout cela est licite dans certaines limites, et la limite est la différence entre rejoindre un projet existant et en créer un qui n'existait pas.
La livraison surveillée
Un envoi étant détecté, les autorités peuvent le laisser parvenir à destination au lieu de l'intercepter, afin d'identifier ceux qui sont derrière. La technique est expressément prévue par la convention des Nations unies de 1988 et dans le cadre Schengen, et elle est autorisée au préalable.
- A-t-elle été autorisée, par qui et quand ? Une autorisation postérieure aux faits n'est pas la même chose.
- La substance a-t-elle été substituée ? Si oui, cela change ce que la personne a démontrablement manipulé.
- Quelle est la chaîne de conservation entre détection, transport et interception ?
- Qui a fixé le rendez-vous, et à l'initiative de qui ?
- Où une frontière a-t-elle été franchie, et avec l'autorisation de quel État ?
L'agent infiltré et sa limite
Les ordres juridiques européens permettent d'agir sous couverture et protègent l'agent contre la responsabilité pour le comportement nécessaire à l'opération. Cette protection a une forme : elle couvre la participation à une infraction déjà en cours, non l'instigation d'une infraction nouvelle.
Celui qui apporte l'idée, l'acheteur, le prix ou la pression est passé de l'infiltration à la provocation. La Cour européenne des droits de l'homme a jugé dans Teixeira de Castro c. Portugal qu'une condamnation obtenue avec une preuve ainsi produite viole le droit à un procès équitable.
C'est une défense réelle et elle se décide sur un fait : qui a bougé le premier. Le registre des contacts, la séquence des messages et l'identité de celui qui a proposé l'opération y répondent, et c'est pourquoi il importe d'obtenir l'échange complet et non des extraits.
Informateurs
Derrière beaucoup d'opérations il y a un informateur, et sa position est délibérément maintenue opaque : ce ne sont pas des agents, ils sont souvent eux-mêmes mis en cause et souvent rémunérés.
| Question | Pourquoi elle compte | Comment y répondre |
|---|---|---|
| Qui a initié le contact ? | Sépare infiltration et provocation | Registre du premier rapprochement |
| Agissait-il pour le compte de l'État ? | Détermine les règles applicables | Sa mission et son encadrement |
| Qu'a-t-il reçu ? | Affecte la fiabilité | Paiements et avantages dans son propre dossier |
| Ses contacts ont-ils été enregistrés ? | Les lacunes sont significatives | Autorisations et registres |
| Y a-t-il corroboration ? | Son récit seul suffit rarement | Indépendante de cette même source |
Frequently asked questions
Qu'est-ce qu'une livraison surveillée ?
Laisser un envoi détecté parvenir à destination sous surveillance, au lieu de l'intercepter, pour identifier ceux qui sont derrière. Elle est autorisée au préalable.
Un agent infiltré peut-il proposer l'affaire ?
Non. La protection couvre le fait de rejoindre une infraction en cours, non de l'instiguer. La Cour européenne a jugé qu'une telle condamnation viole le procès équitable.
Comment cela se prouve-t-il ?
Sur qui a bougé le premier : le registre des contacts, la séquence des messages et l'identité de celui qui a proposé l'opération.
Le récit d'un informateur suffit-il ?
Il exige une corroboration, et le matériel qui l'apporte doit être réellement indépendant et ne pas provenir de l'informateur lui-même.
Si une telle opération est derrière l'affaire
Les autorisations, les missions et la séquence du premier contact décident ces dossiers, et il faut les demander. Le premier contact est gratuit et confidentiel.
